Cinexpression

Actu, critiques, études…

Maxime Roccisano entretien cinexpression

Dans la continuité de notre dossier sur le cinéma et la photographie et en lien avec lentretien avec Laurence Fontaine qui parlait du cinéma comme source d’inspiration littéraire, Maxime Roccisano explique comment le cinéma nourrit sa pratique photographique. 

Photographe surtout nourri d’images cinématographiques, Maxime Roccisano estime qu’il n’a réussi une photo que dans la mesure où elle pourrait être extraite d’un film. Il cherche en somme dans son travail à créer des images évocatrices et autour desquelles le public a la possibilité de se raconter des histoires. Pour en savoir plus sur son travail et son parcours, Maxime Roccisano possède un site internet : www.max-roccisano.com 

 

Maxime Roccisano : « L’ambiance au cinéma est en partie due à l’image, donc aux cadrages et à la lumière. »

 

Maxime Roccisano, quels liens voyez-vous entre la photographie et le cinéma ?

Techniquement, le cinéma est une succession de photographies. On le voit bien dans certains films : le plus évident dans les cercles intellectuels étant La jetée de Chris Marker, mais il faut aussi penser au film de Alan J. Pakula, The parallax view (1974), avec son montage photo en plein milieu du film et le brutal arrêt sur image utilisé dans le dernier quart du film. L’importance de l’éclairage est commun aux deux pratiques : pour donner un aspect naturel à une scène, on est bien souvent obligé d’éclairer. La photo est une interprétation du réel et ne capte pas le réel de la même façon, ni avec le même résultat que l’oeil humain : surtout en numérique, les contrastes sont beaucoup plus tranchés en photo qu’à l’oeil nu.

 

Connaissez-vous un artiste en particulier qui utilise des méthodes cinématographiques pour “réaliser” ses photographies ?

Le travail de Gregory Crewdson est ce que j’appellerai du « cinéma arrêté » : sa pratique est axée sur des mises en scène qui ressemblent souvent à celles que l’on peut trouver dans des films. Il utilise des techniques d’éclairage propres au cinéma et dispose de moyens « hollywoodiens” pour éclairer des rues entières comme des ballons lumineux et fait poser des acteurs de cinéma comme Julianne Moore et William H Macy. Il y a donc un travail de création d’atmosphère par les lieux choisis, les éclairages utilisés pour mettre en valeur les lieux photographiés. Ses mises en scène sont à la fois très évocatrices et mystérieuses et le sens de ses photos n’est jamais arrêté. De plus, quelqu’un comme Marcos Lopes met en scène ses photos et se « contente » d’appuyer sur le déclencheur à la manière d’un réalisateur de film. Je pense aussi à Annie Leibovitz qui travaille elle aussi avec des acteurs et parce que ses éclairages font très cinéma « mainstream ». 

 

En ce qui vous concerne, le cinéma influence-t-il votre pratique ?

Certains films m’ont influencé pour leur ambiance (Seven, JFK, 12 monkeys, Les sept samouraï). Or l’ambiance au cinéma est en partie due à l’image, donc aux cadrages et à la lumière. Disons que tous les films que j’ai pu voir m’ont aidé à constituer une bibliothèque mentale dans laquelle je pioche souvent sans m’en rendre trop compte, mais je le vois a postériori. De plus, je pense avoir été influencé par certains beaux plans fixes : à tort ou à raison, les réalisateurs qui me viennent à l’esprit sont Kurosawa, Egoyan, Kitano, Von Trier, Kubrick aussi… 

En reportage, comme il est important de raconter ce qui se passe, je fais souvent des cadrages inspirés des « plans d’amorce » où je place au premier plan une partie de l’épaule et de la tête d’une personne. Dans ma série (et projet de livre) « Comme dans un polar », j’ai choisi « d’éblouir » le « spectateur » en faisant succéder une série d’une dizaine de photos sombres par un ciel brumeux surexposé. Cela m’a été directement inspiré par l’éblouissement (et le malaise provoqué par cet éblouissement) que j’ai ressenti en pleine salle de cinéma, quand j’ai vu « The Game » de David Fincher. Il s’agit du plan dans la station service qui arrive à environ 1h25 du début du film pour la première fois. Cependant, je reste toujours vigilant de ne pas m’enfermer dans trop de contraintes, dans le but de laisser une place importante à l’intuition et aux surprises.

tumblr_mbqi7kc6Jn1qz7gtqo1_1280

 

A quels genres cinématographiques êtes-vous sensible ?

Le genre qui m’accompagne depuis le plus longtemps est le film policier (noir, notamment). Les thèmes sociaux comme la pauvreté, le délabrement de paysages industriels, la saleté des villes me parlent particulièrement. J’ai été très impressionné par Le Cercle rouge de Melville : le film est très classe, avec beaucoup de plans fixes très solides. Le travail d’éclairage d’une ville la nuit et le contraste avec l’atmosphère de la boîte de nuit est excellent…

Les autres films de ce genre qui m’ont inspiré et continuent de m’inspirer sont Sur mes lèvres, Arriverderci amorce ciao, Les promesses de l’ombre, Zodiac, Pulp fiction, Drive, La nuit nous appartient. D’autres films venant d’autres univers cinématographiques me transportent aussi : Suspiria d’Argento, Dreams de Kurosawa, La montagne sacrée de Jodorowski, L’armée des 12 singes de Gilliam


Le-Cercle-rouge cinexpression

 

Suivez-vous particulièrement le travail de certains directeurs de la photo ? 

Encore à l’heure actuelle, je reste davantage attaché aux réalisateurs qu’aux directeurs photo : la technique m’intéresse mais je mets les choix « artistiques » et la narration encore au-dessus. Je ne dis pas qu’un directeur de la photo n’a pas de vision artistique, simplement comme elle est surtout inféodée à celle du réalisateur, je m’identifie plus au réalisateur.

Mais je vais souvent au cinéma uniquement pour voir le travail de certains artisans que j’admire : les Cronenweth père et fils (mais je connais mieux le travail du fils…), celui de Darius Khondji (j’ai d’ailleurs travaillé sur son expo au festival d’Arles en 2010), Bill Pope, Pierre Lhomme, Thierry Arbogast, Peter Suschitzky.

Categories: Entretiens

Comments are closed.