Cinexpression

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stallone-couv-cinexpressionAprès l’entretien avec Laurence Fontaine qui faisait part de son livre de fiction très inspiré du cinéma américain, il est question d’un entretien avec l’auteur de Directed by Sylvester Stallone, un recueil de nouvelles qui interroge la réception des films de Stallone.

 

L’auteur : Jean-Christophe HJ Martin

Responsable de la programmation Musiques actuelles d’une salle de spectacles du Nord de la France, chargé de dossiers culturels pour une collectivité publique. Longtemps absorbé par la création musicale (dix ans chanteur guitariste au sein d’un groupe de rock empruntant son nom à une figure majeure de la littérature américaine moderne), récemment rattrapé par sa passion première, le cinéma.

 

Le livre : Directed by Sylvester Stallone. 

De Paradise Alley (1978) à Expendables (2010), huit nouvelles qui ont pour point de départ un film réalisé par Stallone : que se passe -t-il dans la vie d’un spectateur après qu’il a vu « Rocky 3 » ou « John Rambo » ?

 

Jean-Christophe HJ Martin : « A partir des années 80, le propos de Stallone se résume à une seule chose : son corps. »

 

Jean-Christophe HJ Martin, comment est né votre projet de livre sur Sylvester Stallone ?

Directed by Sylvester Stallone aurait du être consacré à l’analyse des films que l’acteur mais aussi scénariste et réalisateur américain a mis en scène lui-même. Il n’y a à ma connaissance en effet aucune publication sur le sujet. On trouve quelques rares biographies, exploitant les facettes les plus spectaculaires du personnage public Stallone, n’accordant à sa production filmique qu’une place marginale. Il m’a semblé qu’il y avait là, sinon une injustice, du moins un manque et un terrain d’études vierge à investir. Il y a aussi, de ma part, dans cette entreprise, l’expression d’un transport d’affection sincère et indéfectible à l’endroit de Stallone. C’est peut-être là la raison essentielle de l’existence du livre que j’ai écrit.

 

Quel est votre rapport avec le cinéma et le cinéma de Stallone en particulier ? 

D’aussi loin que je me souvienne, l’image animée a occupé la majeure partie de la sphère de mes émotions. Le cinéma, bien avant le son, loin devant la littérature, comme nutriment majeur de ma psyché. Ce qui fait de moi, bien plus qu’un cinéphile, un cinéphage. Pas un jour sans voir au moins un film et, en période de grande fringale, jusqu’à cinq par vingt-quatre heures. On voit de tout, quand on est cinéphage. On aime plein de choses, on en déteste encore plus, on finit par devenir difficile, ce qui ne veut pas dire qu’aux mets les plus raffinés on ne préfèrera pas, parfois, les brouets les moins digestes. Et puis bon, ça se pose aussi comme ça : passe-t-on autant de temps au contact d’êtres qui s’agitent sur l’écran sans finir par aimer d’amour ceux qui nous auront le mieux, ou le plus, nourri ? La reconnaissance du ventre, en quelque sorte. 

 

Ce livre sur Stallone est votre première publication…

Je n’avais jamais rien écrit ni rien publié (en dehors de la prose qu’on m’a commandée quand je gagnais ma vie dans la communication institutionnelle). Je n’ai aucun contact dans le monde de l’édition ou du cinéma (hormis une amie au CNC et un copain prof de filmo). Je ne suis pas critique, je ne suis pas filmologue. J’ai à peine tourné deux obscurs courts métrages pompant laborieusement Jarmusch, mais ça ne m’a pas refroidi. Bref. Stallone réalise en 2010 un très mauvais film de guerre, promotionne le nanar partout dans le monde. Il l’avant-premièrise, en chair et en os au Grand Rex. J’y suis. Je n’avais jamais vu le bonhomme en vrai, jusque là. Je suis profondément ému, en dépit de la nullité du produit. Et là je prends la décision de pondre le bouquin de référence sur l’oeuvre de Michael Sylvester Gardenzio Stallone.

 

Votre livre est un recueil de nouvelles. Pourquoi ce choix ? 

Finalement, de quoi est-il question ? Du fait que depuis le début des années 80, Stallone ait toujours fait partie de mon paysage (jamais raté une sortie en salle d’un de ses films-à part Rhinestone- depuis Rocky 3). J’ai revu la forme de mon projet : analyser, non, raconter, oui. C’est ce qui se fait, au cinéma, non ? Alors je choisis de prendre tous ses films à lui, écrits et tournés par lui et d’imaginer ce qui se pourrait se passer dans la vie de ceux qui les voient, au moment où ils les voient. Et voilà ! Ce seront huit nouvelles (la forme littéraire que je préfère), une par film.  Et accessoirement, mon premier bouquin.

 

A travers ce livre, quel est votre discours sur le cinéma de Stallone ?

Stallone occupe pour moi une place à part dans le cinéma des quarante dernières années. Si je devais aller au-delà de la dimension purement récréative des huit nouvelles de « Directed by Sylvester Stallone », je dirais qu’il y a là-dedans, en filigrane, quelque chose comme le constat d’un échec artistique presque complet  (le sien) et d’une capitulation critique presque coupable (la mienne). J’entends par là, pour aller vite, que je suis demeuré indéfectiblement un spectateur de Stallone pour ce qu’il promettait d’être à la fin des années 70 (« Rocky » demeure pour moi un grand film social et Stallone, avant tout scénariste, ambitionne à ce moment de sa carrière, comme l’attestent « Paradise Alley » et « Fist », un autre destin que celui d’icône impérialiste) mais aussi pour ce qu’il est devenu.

Sylvester-Stallone

Selon vous, que « révèle » Stallone de l’Amérique ?

A partir des années 80, le propos de Stallone se résume à une seule chose : son corps. Tout le reste ou presque s’efface derrière. Stallone construit moins sa filmo que son physique, la plastique dure et quasi inhumaine de l’icone guerroyante qu’il est devenu. C’est à ce point vrai que même quand il se contente de mettre en scène et n’apparaît donc pas à l’écran, c’est encore le bodybuilding qui l’emporte sur tout le reste. « Staying Alive » avec Travolta est un bon exemple. Je m’obstine cependant à voir ses films, me raccrochant à quelques films d’action honnêtes, et à ses personnages fétiches, persistant en outre à croire qu’il va renouer avec une plus grande exigence artistique (des rumeurs allant dans ce sens, concernant notamment une bio d’Edgar Allan Poe, m’entretiennent dans cet espoir).« Rocky Balboa »/« John Rambo », tournés à la suite (deuxième moitié des années 2000 quand même), ravive mon intérêt tant pour le retour à une veine vériste/sociale (Rocky) que pour une volonté de dynamitage nihiliste assez réjouissante (Rambo). Mais pour autant que ces deux films soient regardables, il faut bien admettre qu’on n’est ni chez Loach ni chez Fuller et que que leur intérêt principal tient dans le regard que Stallone porte sur ses deux « franchises » trois décennies après leur création. Et naturellement, sur lui-même. En ça, Stallone reste fidèle à ce qu’il a toujours été : absolument égocentrique. A l’inverse de pas mal de ses détracteurs, qui l’accusaient à une époque de propagandisme réac US, pour ma part je demeure persuadé qu’il est l’unique sujet des films qu’il met en scène. On notera juste que si son corps continue, malgré l’âge, d’être très présent, les états d’âme du sexagénaire que Stallone est désormais prennent davantage de place à l’écran. Et de mon côté, je suis toujours prêt à aller voir le dernier Stallone, bien indépendamment de ce que peut valoir le film en lui-même. Tout simplement pour savoir ce qu’il devient.

 

Si ce livre vous intéresse :

http://www.edition-lettmotif.com/produit/directed-by-sylvester-stallone-nouvelles-2/

Categories: Ciné-lectures, Entretiens

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