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De ses débuts à aujourd’hui, le cinéma américain séduit et fascine autant qu’il divise. Entre les transferts culturels multiples (le passage de cinéastes européens à Hollywood et l’influence forte du cinéma américain sur le cinéma européen), les réévaluations critiques nombreuses et les succès très importants au box office, le cinéma américain ne laisse personne indifférent. Surtout pas Guy Ros, l’auteur de « 50 ans de cinéma américain » qui a accepté de participer à cet entretien. 

L’auteur 

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Guy Ros, 53 ans, est un juriste qui a mal tourné. Tour à tour directeur d’agences et de sites événementiels, éditeur de presse et écrivain. Auteur de trois livres consacrés au cinéma américain « 50 ans de cinéma américain » 2014, « La fonction du cinéma dans la société occidentale » 1986, puis en 2001  » le Guide du cinéma américain », il vient de publier un roman le « Puits des âmes » aux éditions Publibook en décembre 2013. Co-fondateur du magazine Transfac en 1986, il va développer ce groupe de presse et de communication présidé par Philippe Cattelat jusqu’en 2004. Editeur de plus de dix magazines : Transfac, l’Après bac, Le Journal des terminales, Premier Métier, Lycée Mag, La Vie des métiers, il va intégrer le groupe l’Etudiant en 2000 lancer des salons professionnels et des job conventions à Paris et dans des nombreuses villes.

Guy Ros a passé les 20 premières années de sa carrière à publier des magazines, des livres et des sites web pour les lycéens et les étudiants (il a dirigé pendant cinq années trois filiales de Vivendi Universal publishing sous la gouvernance de J M Messier). Il a décidé il y a dix ans de donner une autre dimension à sa carrière en dirigeant des sites de prestige à Paris et des palais des congrès. Devenu un expert en organisations d’événements, il a parallèlement développé de nombreux projets dans le domaine du tourisme (sites portails Caen Event, centrale de réservation touristique, web agency) et publié dans des revues et des sites web de conseils juridiques.

Guy Ros est un grand admirateur de critiques de cinéma comme André Bazin, Henri Agel, Freddy Buache ou Claude Beylie. Passionné de cinéma épique et d’aventures, il n’hésite pas dans ses livres à prendre à rebrousse poil les dogmes de la critique française en défendant les rutilantes épopées du cinéma hollywoodien depuis toujours dans ces livres et ses articles dans les différents magazines qu’il a dirigé. Amateur de contes et de récits structurés, il défend le rôle fondateur des grands mythes archaïques dans la création américaine de Raoul Walsh et Howard Hawks jusqu’à Spielberg et Eastwood aujourd’hui.

 

L’ouvrage : « 50 ans de cinéma américain » 

 

Guy Ros entame avec cet ouvrage le 3e tome d’une trilogie qu’il a consacré au cinéma américain qui a débuté en 1986 avec « La Fonction du cinéma dans la société occidentale », et « le Guide du cinéma américain » en 2001. Cet ouvrage historique analyse comment Hollywood victime de l’influence de la télévision et de ses erreurs stratégique va se retrouver dans une situation catastrophique qui va voir ses principaux studios démantelés.

A la fin des années 70, une nouvelle génération de cinéastes amoureux d’épopées (Scorsese, Lucas, Spielberg, Coppola) va renouer avec les racines mythologiques de ce cinéma pionnier et régénérer une production poussive. Cette génération va ouvrir la voix aux auteurs qui aujourd’hui dynamitent la création Hollywoodienne comme Tarantino ou Robert Rodriguez. Ce livre analyse sans prendre partie et conte l’histoire d’une renaissance.

 

Entretien 

 

Guy Ros : « Tous les plus grands cinéastes ont toujours eu une grande volonté d’indépendance, Hitchcock a par exemple financé sur ses fonds propres « Psycho », car les studios n’en voulaient pas. »

 

Travailler sur cinquante ans de cinéma américain est un projet ambitieux qui démarre pour vous en 1986 et peut-être même avant…

Il a démarré avec les recherches faites pour mon doctorat en 1984 qui a été soutenu en 1986, cette thèse « La fonction du cinéma dans la société occidentale » a été la 1er pierre d’un édifice qui continua en 2001 avec un « Guide du cinéma américain » et se termine avec ces « 50 ans de cinéma américain » en 2014. Une bibliographie abondante est d’ailleurs disponible dans mon dernier ouvrage. Cela m’a demandé deux ans de recherche bibliographique et de visionnages de films à une époque ou Youtube n’existait pas… Dans les années 80 la recherche cinématographique était un travail de titan, fait de recherches bibliographiques et de visionnage dans les ciné clubs et salles art et essai à Paris.

 

Quels sont les historiens du cinéma qui vous ont inspiré ?  

Henri Agel qui a écrit ma préface bien sûr, André Bazin, Claude Beylie, Freddy Buache et Bertrand Tavernier. Aux USA deux ouvrages ont été publiés assez proches de mon analyse.

 

De la crise des studios à la 3D, le cinéma américain a connu de profondes mutations. Comment les analysez-vous ? 

Les studios étaient morts économiquement à la fin des années 60 et ne savaient plus comment réagir face à la concurrence de la télévision. Le succès de films indépendants comme « Easy rider » ou « Bonny and Clyde » avait énormément surpris les producteurs d’Hollywood historiques comme Daryl Zanuck ou Samuel Bronston qui ne juraient que par les films bibliques ou les super productions dont la grande majorité ne marchaient pas.Ce sont, à la fin des années 70, quelques auteurs inspirés comme Coppola, Lucas, Spielberg, John Milius qui ont ramené le public dans les salles grâce à leur talent et leurs inspirations géniales. Les cinéastes contestataires comme Arthur Penn, Sam Peckinpah ou A J Pakula n’ont plus tourné du jour au lendemain, leurs films inspirés et brillants n’étaient plus adaptés à l’évolution d’une société Reeganienne très conservatrice à la fin des années 80.Ce sont les images de synthèse plus que la 3D qui ont fait évolué les possibilités esthétiques du cinéma contemporain. Mais là encore lorsque Peter Jackson ou James Cameron (qui sont de grands cinéastes) utilisent ces techniques pour donner forme à des récits passionnants cela donne des oeuvres vertigineuses comme « Avatar » ou « Lord of the Rings », Hélas lorsque des tacherons utilisent ces techniques pour réaliser des oeuvres clinquantes et sans imagination cela donne des « Godzilla 3D » ou la suite de Thor qui est grotesque. Encore une fois quelle que soit l’époque seul le Talent d’un créateur permettra un succès critique et public.

 

Vous avez choisi de traiter votre sujet sous l’axe de l’épopée. Pourquoi ce choix ? Quelle est la place de l’épopée dans l’ensemble de la production américaine ?

De Griffith, Ince ou Walsh jusqu’à Spielberg, Lucas, Scott ou Eastwood, l’épopée mythique et les grands rites classiques forgent le ciment de ce cinéma hollywoodien qui redonne vie à des récits mythologiques millénaires.  Les grandes oeuvrees épiques hollywoodiennes comme « La prisonnière du désert », « Moonfleet » ou « La Horde sauvage » s’inscrivent dans la lignée mythologiques des récits homériques, des chansons de geste, des romans médiévaux (le roman du Graal) et de la littérature épique ou maritime magnifiée par Conrad, London, Kessel ou Stevenson. L’épopée est la marque et le coeur de ce cinéma d’Hollywoodien, les fondations de ce cinéma riche et inspiré sont ancrées dans la tradition populaire et mythologique la plus ancienne. Tarzan ou Dracula en sont les plus beaux exemples.

 

Vous avez choisi d’intituler votre livre « 50 ans de cinéma américain » et non pas « 50 ans de cinéma hollywoodien »… Quelle place faîtes-vous aux films qui « échappent » à Hollywood, aux cinéastes marginaux, au cinéma indépendant ?

Ce livre parle du cinéma indépendant et de ses auteurs comme John Cassavetes ou Larry Pierce. Aujourd’hui Tarantino et Robert Rodriguez sont des cinéastes indépendants qui ne travaillent pas pour des Majors d’Hollywood et ont créé leurs propres maisons de production (Band Apart par l’intermédiaire de Lawrence Bender), maîtrisant leurs productions et leurs distributions.  Spielberg a créé en 1982 Amblin et en 1997 Dreamworks. Coppola a créé et développé American Zoetrope et Eastwood Malpaso. Scorsese a aussi débuté dans le cinéma indépendant. Tous les plus grands cinéastes ont toujours eu une grande volonté d’indépendance, Hitchcock a par exemple financé sur ses fonds propres « Psycho », car les studios n’en voulaient pas.

 

Comment a évolué l’influence exercée par le cinéma américain sur les autres cinématographies ? 

Hollywood et son système ont récemment influencé des européens comme Besson et Europacorp bien sûr, mais historiquement beaucoup des grands maîtres d’Hollywood dans les années 40 et 50 comme Billy Wilder Wilder, Fritz Lang, Lubitsch, Von Sternberg venaient d’Europe. Le cinéma Européen tellement puissant dans les années 60 avec des coproductions franco-italiennes ou franco-allemandes a disparu hélas. Les grands producteurs français comme Dorfman ou Claude Berri ne sont plus là et la production européenne se réduit comme une peau de chagrin. Seuls résistent Bollywood, le cinéma chinois et le cinéma français en termes de productions. Mais aujourd’hui beaucoup de cinéastes français vont tourner aux USA (Kassovitz, Alexandre Aja, J.P Jeunet) et les cinéastes américains sont aussi produits par des français (Ridley Scott pour « 1492″ par exemple). Les cinéastes français contemporains redécouvrent le cinéma de genre et renouent avec une tradition populaire. Le cinéma d’auteur à la française continue à demeurer caricatural pour l’essentiel de ses oeuvres et n’a pas retrouvé de talents comme Truffaut, Rohmer, Chabrol ou Robe Grillet. La Nouvelle Vague a été une étape mais ne trouve pas de relève auprès des auteurs contemporains.

 

Entre certains cinéastes admiratifs de ce cinéma et les critiques réticents, le cinéma américain est-il victime d’un phénomène d’attraction-répulsion ?

Génétiquement la critique française reste anti-américaine pour des raisons idéologiques et non pas politiques, les critiques du Figaro sont tout autant anti-Hollywoodiens que ceux du Monde ou de Libération. N’oublions pas que des films comme « Blade Runner », « Pale Rider », « Excalibur », « New York 1997″, « Kingdom of Heaven » se sont faits massacrés à leurs sortie. « Shining » de Kubrick avait également reçu un très mauvais accueil critique en 1981. Eastwood a du attendre la fin des années 90 pour être reconnu comme un grand cinéaste, Spielberg a trouvé la reconnaissance critique avec son merveilleux « Liste de Schindler »… L’auteur de « Jaws » ou de « Raiders of the Lost arc » a longtemps été considéré comme un amuseur. « Star wars » n’a longtemps été perçu par la critique française que comme une oeuvrette pour adolescents. La critique française reste ancrée idéologiquement dans l’anti-système des Major companies, demeure allergique au succès public et préfère défendre les frères Dardenne que « Sin city » en 2004 de Robert Rodriguez à Cannes qui est un film OVNI, un bijou. André Bazin ou Henri Agel sont bien oubliés des critiques contemporains et leurs oeuvres sont à redécouvrir par la nouvelle génération de critiques français. Aux USA le respect de l’oeuvre est essentielle auprès de la critique américaine. Hollywood n’est après tout qu’une industrie qui produit parfois des chefs d’oeuvre grâce à la ténacité et au talent de cinéastes inspirés et extraordinairement respectueux de leur public comme Spielberg, Eastwood ou Scorsese.

 

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Categories: Ciné-lectures, Entretiens

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