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Avec Amour, Michael Haneke a une fois de plus séduit le jury cannois. Une deuxième palme consécutive, trois ans seulement après Le Ruban Blanc

Avec ce second plébiscite, Haneke s’affirme un peu plus comme un cinéaste contemporain incontournable. Les œuvres de l’Autrichien sont puissantes, intenses et éprouvantes pour le spectateur. Parfois énigmatiques et complexes, ses films mettent le spectateur « voyeur » face à la contrainte de juger ce qu’il a devant les yeux (Funny games). La violence de ses réalisations est latente, elle surgit du silence de l’installation très longue des scènes qui instaurent une ambiance anxiogène favorisée par cette fameuse « glaciation des sentiments ». Le « sens » n’est pas imposé, il est pour la plupart du temps caché (Caché, Le septième continent).

Dans Amour, le spectateur est libre de considérer le geste de Georges : un acte d’amour ou un aveu d’impuissance face à cette question de société qui divise : l’euthanasie ou pour certains, le droit de mourir dans la dignité.

Porté par deux acteurs talentueux, Amour est l’histoire d’une fin de vie : celle d’Anne / Emmanuelle Riva (Hiroshima mon amour d’Alain Resnais Léon Morin, prêtre de Melville…). Son mari, Georges / Jean-Louis Trintignant (Et Dieu créa la femme, Les liaisons dangereuses de Roger Vadim, Le fanfaron de Dino Risi, Z de Costa-Gavras, La terrasse d’Ettore Scola…) l’accompagne avec dignité et courage vers ce qui nous est annoncé dès le début : la mort d’Anne.

En effet, dans l’un des tout premiers plans du film, il y a le cadavre d’Anne en décomposition sur le lit. Le plan suivant annonce le titre du film. Le geste artistique a de quoi surprendre : comment concilier un plan si sombre et le mot « Amour » ? La réponse est donnée par le moyen de ce long flash-back qui correspond presque à la totalité du film.

Georges, soulage sa femme dans sa longue et lente déchéance qui commence lorsque la maladie s’invite dans ce huis clos. Le spectateur est invité à assister à cela par le trou de la serrure de cet appartement bourgeois. Lorsque Anne perd ses esprits, le climat qu’Haneke installe à l’aide d’un simple évier est fascinant de maîtrise. L’eau qui s’écoule envahit l’espace sonore, devient insupportable. Comment avec si peu de moyens (techniques) est-il possible de créer un effet dramatique si puissant ?

Amour est un véritable plaidoyer pour la simplicité. Sans misérabilisme et sans sentimentalisme, le réalisateur représente ce qui est l’essence même de l’Homme : son corps et sa finitude à l’intérieur d’une histoire dont l’issue est presque shakespearienne.

Categories: Critiques

One Response so far.

  1. [...] qui succède donc à Nanni Moretti qui, en 2012, a attribué la Palme à Haneke pour le film Amour.  Si  cette même année Leos Carax n’a pas eu la Palme avec le très impressionnant Holy [...]